Mon dos va bien, merci.
Il est vrai que je le ménage sacrément depuis cette triste aventure dont il fut la victime il n'y a pas si longtemps que cela. Rien que d'en parler, j'en frissonne encore !
Avant tout je dois vous dire que mon dos et moi, c'est une longue histoire, une amitié solide que rien n'a jamais pu détruire. Unis comme les deux doigts de la main, solidaires dans les bons comme les mauvais moments, nous avons déjà parcouru une longue route ensemble et ce n'est pas fini.
Que de bons moments lorsque nous partions en vacances, il n'y avait pas de corvée, tout était plaisir, l'aventure ne nous faisait pas peur, les amours sportives non plus.
On peut dire que nous étions jeunes et insouciants tandis que le temps agissait en sourdine.
Mon dos avait cependant un point faible, il ne savait pas dire non.
Toujours serviable, prêt à rendre service, il était souvent sollicité. Il ne refusait jamais, donnant le maximum pour aider un voisin, un ami en détresse. On lui demandait toujours plus, profitant et abusant de sa bonté naturelle. Petit à petit, il en vint à être le seul à faire le sale boulot, à faire les corvées que personne ne voulait.
Jamais un mot plus haut que l'autre, il acceptait tout, proposant même ses services alors qu'on ne lui demandait rien, et refusant même l'aide qu'on pouvait lui apporter sous prétexte qu'il ne voulait pas déranger. Fort et serviable, il s'était fait beaucoup d'amis.
Le bonheur à l'état pur !
Or un jour, alors qu'il rendait service une fois encore, un cas difficile, qui demandait son habileté et sa force, une manoeuvre très complexe que seul un dos comme lui pouvait effectuer, on frôla la catastrophe.
Fatigué d'une journée bien remplie, il ne refusa pourtant pas cette dernière tâche.
Mais au moment le plus critique, ses forces le lâchèrent et il se mit dans une position telle qu'il ne put plus bouger. C'est à peine s 'il pouvait encore respirer tant la douleur était forte.
Les jambes aussi faisaient une drôle de tête, car chaque fois qu'elles faisaient mine de bouger pour le remettre sur pieds, la douleur lançait ses aiguilles dans ce pauvre dos en compote.
Alors on fit venir le Docteur, et celui-ci, l'ausculta, palpa chaque vertèbre, tâta les muscles, tout contracturés et durs comme du béton, et cet homme de médecine qui n'avait pas encore prononcé un mot lui dit avec gravité qu'il devait absolument se reposer et ne plus jouer au dur car il allait y laisser des plumes. Alors il se mit à pleurer.
Tous ses amis seraient déçus, il ne pourrait plus les aider... Comment allaient-ils le prendre ?
A notre grande surprise, ses amis se sont réunis, réfléchissant tous à la façon dont ils pourraient l'aider. Et des tas d'idées sont arrivées, se bousculant dans leur tête. Les uns décidèrent que le dos devait définitivement arrêter de travailler. Ils le mettaient en quelque sorte en vacances. D'autres décidèrent que les jambes pourraient prendre le relais, avec un peu d'entraînement elles deviendraient souples et fortes. Les muscles du ventre proposèrent leur aide pour aider le dos à se maintenir correctement et, de fil en aiguille, chacun apporta sa petite contribution. Finalement, le travail fut bien réparti et le dos pourrait vaquer à ses loisirs tout en restant proche de ses amis.
Une longue convalescence suivit cet épisode douloureux, et ce fut une période enrichissante pendant laquelle chacun prit conscience des risques que l'on aurait pu éviter,si on avait pris la peine de réfléchir ensemble bien avant ce regrettable accident.
Et c'est ainsi qu'après avoir changé définitivement ses habitudes, mon dos retrouva le bonheur d'une vie saine et équilibrée.
frigoboxe